Comprendre la procrastination
Tu repousses régulièrement certaines tâches au lendemain ? Tu n'es pas seul. La procrastination touche de nombreux étudiants et professionnels. Mais pourquoi procrastine-t-on ? Simple mauvaise habitude ou mécanisme psychologique profond ? MBway, école de commerce à Lyon, t'aide à mieux comprendre ce phénomène.
La procrastination : définition
Procrastiner, c'est reporter volontairement une tâche que l'on sait importante, tout en étant conscient que ce report pourra avoir des conséquences négatives. On choisit de faire autre chose, souvent plus agréable ou moins contraignant, plutôt que de s'attaquer à ce qu'on devrait vraiment faire.
Et attention à l'idée reçue : procrastiner ne signifie pas ne rien faire. C'est même souvent le contraire. Les personnes qui procrastinent restent généralement très occupées, mais elles remplacent les tâches prioritaires par d'autres activités : répondre à quelques mails non urgents, ranger leur bureau, faire une recherche sans objectif précis, parcourir les réseaux sociaux, regarder "juste une vidéo"... Le temps passe, les priorités restent intactes.
Les chiffres donnent le vertige. Selon les travaux du psychologue Piers Steel, spécialiste de la procrastination, entre 80 et 95 % des étudiants déclarent procrastiner au moins occasionnellement, et environ la moitié reconnaît que cette habitude devient problématique dans leur parcours. Chez les salariés, environ un sur cinq estime que ce comportement impacte significativement sa productivité au travail. On est très loin d'un phénomène marginal.
Pourquoi notre cerveau procrastine-t-il ?
On pense souvent que la procrastination est synonyme de paresse.
Mais, les chercheurs en psychologie ont une vision bien différente. La procrastination est avant tout une réponse émotionnelle. Quand une tâche nous paraît complexe, stressante, ennuyeuse ou menaçante, notre cerveau cherche instinctivement à s'en éloigner, et du coup à trouver une activité plus gratifiante à court terme. C'est un mécanisme de régulation émotionnelle, pas un défaut de caractère.
Le problème, c'est que le soulagement est immédiat mais temporaire. Quelques heures plus tard, la tâche est toujours là, avec en bonus un sentiment de culpabilité et une pression supplémentaire qui rendent encore plus difficile de s'y mettre. C'est le cercle vicieux classique de la procrastination :
- La tâche semble désagréable ou stressante
- On la repousse pour s'en soulager
- Le soulagement est réel mais de courte durée
- La pression monte, la culpabilité s'installe
- La tâche paraît encore plus intimidante qu'avant
- On la repousse à nouveau
Et ainsi de suite. Plus on attend, plus il devient difficile de commencer.
Les différentes formes de procrastination
Tout le monde ne procrastine pas pour les mêmes raisons. Identifier sa propre forme de procrastination, c'est déjà faire la moitié du chemin.
La procrastination par peur de l'échec
C'est l'une des plus fréquentes. Ne pas commencer, c'est ne pas risquer de rater. Si on ne rend jamais le travail, on ne peut pas être jugé.
Cette logique inconsciente est particulièrement présente chez les étudiants avant une soutenance ou un examen important, mais aussi chez les professionnels qui hésitent à lancer un projet ambitieux.
La procrastination liée au perfectionnisme
Paradoxe absolu : ceux qui veulent trop bien faire finissent souvent par ne rien faire. Ils attendent le bon moment, la bonne idée, les conditions parfaites. Ils repassent dix fois sur leur travail avant de le montrer. Ils ne soumettent jamais parce que "ce n'est pas encore assez bien". Le perfectionnisme, dans ce cas, n'est pas une qualité, c'est un frein.
Une étude de l'Université de York a montré que les perfectionnistes rapportent des niveaux de procrastination significativement plus élevés que la moyenne, notamment parce qu'ils ont du mal à accepter l'idée de produire quelque chose d'imparfait.
La procrastination par surcharge de travail
Quand les dossiers s'accumulent, les délais se chevauchent et les priorités semblent toutes urgentes en même temps, le cerveau peut tout simplement se bloquer. Incapable de choisir par où commencer, il choisit de ne pas commencer du tout. Cette forme de procrastination est particulièrement fréquente chez les managers, les entrepreneurs et les étudiants en période de rush.
La procrastination par manque de sens et de motivation
S'il est une chose que le cerveau humain supporte mal, c'est de faire quelque chose sans en comprendre l'intérêt. Une tâche jugée inutile, répétitive ou déconnectée de ses valeurs et de ses objectifs sera naturellement repoussée au profit d'activités plus stimulantes. C'est un signal que quelque chose mérite d'être questionné sur l'organisation du travail, sur les missions confiées, ou sur le projet professionnel lui-même.
La procrastination au travail : un phénomène sous-estimé
Contrairement aux idées reçues, la procrastination ne disparaît pas une fois les études terminées. Elle touche aussi les professionnels les plus expérimentés, y compris les managers et les dirigeants.
À l'occasion de la Journée mondiale de la procrastination, une étude menée par Hostinger et l'agence FLASHS auprès de plus de 1 000 décideurs révèle que 89 % des dirigeants et managers reconnaissent procrastiner, et qu'un tiers d'entre eux (33 %) admet le faire souvent ou systématiquement. Un constat qui montre que repousser certaines tâches est loin d'être réservé aux étudiants.
Les missions les plus concernées sont généralement celles qui demandent un fort investissement mental ou émotionnel : passer un appel délicat, prendre une décision importante, rédiger un compte rendu, traiter des tâches administratives ou préparer une présentation.
Les distractions numériques accentuent également le phénomène. Une notification, un message Teams ou un simple passage sur LinkedIn peuvent suffire à interrompre ta concentration. Or, selon une étude de l'Université de Californie à Irvine, il faut en moyenne 23 minutes pour retrouver pleinement son niveau de concentration après une interruption. À l'échelle d'une journée de travail, ces micro-distractions peuvent donc avoir un véritable impact sur la productivité.
La procrastination est-elle une maladie ?
Non. La procrastination n'est pas une maladie, ni un trouble psychologique reconnu en tant que tel. C'est un comportement et les comportements peuvent évoluer.
En revanche, elle peut parfois être le symptôme d'autre chose. Une procrastination chronique, envahissante, qui empêche durablement de fonctionner normalement, peut être associée à un stress intense ou une anxiété chronique, un burn-out en cours d'installation, un manque de confiance en soi profond, un trouble déficitaire de l'attention (TDAH, ou encore une dépression sous-jacente.
Si la procrastination t'empêche vraiment d'avancer dans ta vie étudiante ou professionnelle, il peut être utile d'en parler avec un médecin, un psychologue ou un professionnel de santé. Ce n'est pas une faiblesse. C'est du bon sens.
Dans la grande majorité des cas, cependant, la procrastination reste un comportement tout à fait gérable, avec les bonnes méthodes et un peu de recul sur soi.
Peut-on arrêter de procrastiner ?
La bonne nouvelle, c'est que oui. Même si procrastiner de temps en temps est parfaitement normal, cette habitude n'est pas une fatalité.
La procrastination est souvent liée à des habitudes, qui se modifient progressivement grâce à de nouvelles méthodes de travail et un peu de bienveillance envers soi-même.
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